Une maison ancienne est presque toujours froide, et l'envie de l'isoler est légitime. Le piège est ailleurs : ces murs n'ont pas de barrière contre l'humidité du sol, et ils ne tiennent que parce qu'ils sèchent en permanence. Les fermer sans y penser, c'est déplacer le problème là où personne ne le voit.
Chantier ECOTOIT, Gironde
Une maison ancienne est souvent froide, et vouloir l'isoler est une réaction saine. Le problème n'est pas là. Il est dans le fait qu'on applique à ces murs des recettes conçues pour des bâtiments qui fonctionnent autrement.
Une construction récente est faite pour rester sèche : une barrière sous les fondations empêche l'humidité du sol de monter. Une construction ancienne n'a pas cette barrière — et elle n'en a jamais eu.
Ce mur n'est pas sec : il sèche
C'est la nuance qui change tout. L'eau monte du sol dans la maçonnerie, traverse, et s'évapore par les deux faces du mur. Le mur est sec au toucher parce que ce cycle tourne, pas parce que l'eau n'y entre pas.
Posez contre sa face intérieure un isolant fermé à la vapeur d'eau, et vous supprimez une issue sur deux.
L'humidité ne disparaît pas : elle s'accumule et condense à l'arrière de l'isolant. Le mur reste beau côté pièce pendant des saisons, puis une odeur apparaît, une plinthe se décolle, une tache remonte au bas d'un mur. À ce stade, l'ouvrage travaille depuis longtemps.
La règle tient en une phrase
Il faut laisser au mur au moins une face par laquelle sécher.
Tout le reste en découle : préférer des matériaux ouverts à la vapeur d'eau, éviter d'enduire une façade ancienne au mortier de ciment, et ne jamais traiter l'étanchéité à l'air d'une maison ancienne comme celle d'une maison neuve sans se poser la question de la ventilation.
Pourquoi on commence presque toujours par le toit
Sur un bâtiment ancien, la toiture cumule deux avantages : c'est de loin le poste le plus rentable en confort, et c'est le seul qui ne remet pas en cause le fonctionnement des murs.
Si les combles ne servent à rien, l'isolation du plancher est le chantier le plus court et le moins intrusif. Si les combles sont habités, la question se déplace sous les rampants — ou au-dessus.
Le sarking : isoler sans toucher à l'intérieur
Quand la couverture doit de toute façon être reprise, l'isolant se pose au-dessus de la charpente, sous les tuiles.

Sur un bâtiment ancien, l'intérêt est double. Les murs ne sont pas touchés, donc leur fonctionnement n'est pas modifié. Et les volumes intérieurs sont conservés, ce qui compte quand la charpente fait partie de ce qu'on veut garder.
Le toit remonte de quelques centimètres : cela se rattrape aux rives, aux souches et aux raccords de zinguerie, et c'est le vrai sujet technique du chantier.

Ce qu'on regarde avant de chiffrer quoi que ce soit
D'où vient l'humidité. Une remontée par le sol, une infiltration en toiture et une condensation liée à la ventilation ne se traitent pas de la même manière — et isoler par-dessus un problème d'eau n'a jamais rien résolu.
Comment la maison est ventilée. Une maison ancienne se ventilait par ses défauts d'étanchéité. Les supprimer sans rien mettre à la place déplace l'humidité vers les points froids.
Ce que valent les enduits extérieurs. Une façade reprise au ciment il y a trente ans a déjà fermé une face. Isoler l'autre reviendrait à fermer les deux.

Pour aller plus loin
Cet article fait partie de notre dossier sur la restauration d'une toiture ancienne. Le détail de la technique se trouve dans le sarking, isoler par l'extérieur.
Si vous hésitez sur l'ordre des travaux, nous venons regarder et nous vous le disons.
Questions fréquentes
Pourquoi une maison ancienne ne s'isole-t-elle pas comme une maison récente ?
Parce que les deux ne gèrent pas l'eau de la même façon. Une construction récente est conçue pour rester sèche : barrière sous les fondations, matériaux fermés, étanchéité à l'air soignée. Une construction ancienne, elle, n'a pas cette barrière. L'humidité du sol monte dans les murs et s'évapore par leurs faces. Le mur est sec au toucher non pas parce que l'eau n'y entre pas, mais parce qu'elle en ressort. Un isolant fermé à la vapeur posé contre lui interrompt ce cycle.
Que se passe-t-il si on isole quand même un mur ancien de l'intérieur ?
L'humidité continue de monter, mais ne trouve plus qu'une seule issue. Elle s'accumule et condense à l'arrière de l'isolant. Le désordre est invisible depuis la pièce, et c'est ce qui le rend gênant : quand il se manifeste — odeur, décollement, tache au bas d'un mur —, il travaille souvent depuis plusieurs saisons. Cela ne veut pas dire qu'on n'isole jamais un mur ancien, mais que le choix des matériaux et la ventilation deviennent déterminants.
Par où faut-il commencer ?
Par la toiture, dans l'immense majorité des cas. C'est là que les déperditions sont les plus fortes, c'est le poste le plus simple à traiter, et c'est celui qui ne remet pas en cause le fonctionnement des murs. Une toiture bien isolée change le confort d'une maison ancienne sans rien modifier à la façon dont elle sèche.
Peut-on isoler sans toucher à l'aspect du bâtiment ?
Oui, et c'est souvent tout l'intérêt du sarking. L'isolant est posé au-dessus de la charpente, sous la couverture : les murs ne sont pas touchés, les volumes intérieurs sont conservés, la charpente reste visible. Le toit remonte de quelques centimètres, ce qui se rattrape aux rives et aux souches. Sur un bâtiment où l'on veut conserver les combles apparents, c'est la solution la plus discrète.

