Personne ne conserve un zinc percé. Ce qui se conserve sur un bâtiment ancien, ce n'est pas le métal : c'est son dessin. Un chéneau mouluré, une descente à collier forgé, un entourage de lucarne ont un profil qui participe à la composition de la façade — et qu'aucun catalogue ne propose.
Chantier ECOTOIT, Gironde
Sur une maison contemporaine, la zinguerie est un organe technique : elle collecte l'eau, elle l'évacue, et personne ne la regarde. Sur un bâtiment ancien, elle fait partie du dessin.
Un chéneau mouluré prolonge une corniche. Une descente posée à un certain endroit équilibre une façade. Un entourage de lucarne a une forme qui date de sa construction. Remplacer tout cela par du standard fonctionne parfaitement — et se voit.
Ce qui se refait, ce qui se reproduit
Le métal lui-même n'a aucun intérêt patrimonial une fois percé. Il se dépose et se refait à neuf, intégralement.
Ce qui se reproduit, c'est le profil : la section du chéneau, ses moulures, la forme des jonctions, le dessin des colliers, la façon dont l'about se termine.
Le relevé : le geste qu'on ne peut pas rattraper
Tout commence avant la dépose, et c'est ce qui rend l'étape critique. Une fois le vieux métal descendu, le profil n'existe plus.
Le relevé comporte trois choses : les cotes, prises au mètre le long du linéaire ; le gabarit, une plaque souple plaquée contre le profil puis découpée à sa forme, qui deviendra le plan de façonnage ; et les photographies des points singuliers — jonctions d'angle, pièces d'about, passages de descente, colliers.
Ce relevé prend peu de temps. Ne pas le faire coûte beaucoup.

Le façonnage
Le zinc se travaille à froid. Les feuilles se coupent, se plient à la plieuse ou au tas, et se soudent à l'étain. Un profil mouluré se reconstitue par pliages successifs, en suivant le gabarit relevé.
Les pièces singulières — angles, naissances, besaces, pièces d'about — se façonnent une par une. Ce sont elles qui prennent le temps, et ce sont elles qu'on reconnaît de loin sur un ouvrage soigné.

Deux pièges classiques
Mélanger les métaux. Une descente en acier sous un chéneau en cuivre, et la corrosion s'installe bien plus vite qu'elle ne le devrait. Sur un bâtiment ancien où les reprises se sont succédé, cette vérification fait partie du diagnostic.
Reproduire un défaut. Tous les profils anciens ne méritent pas d'être conservés à l'identique. Un chéneau sous-dimensionné dès l'origine, ou une descente mal placée, continuera de déborder si on le reproduit fidèlement. Le bon réflexe est de conserver le dessin visible et de corriger la section quand elle était insuffisante — l'œil ne verra pas la différence, la maison si.

Ce que ça change au devis
Un chéneau reproduit demande du relevé, du façonnage et des pièces uniques. Il se chiffre donc différemment d'un linéaire de gouttière posé au mètre.
C'est une dépense qui se justifie sur un bâtiment dont la façade est composée, et qui ne se justifie pas ailleurs. Nous le disons franchement au moment du devis : sur beaucoup de maisons, le standard est le bon choix, et proposer autre chose serait vendre du superflu.
Pour aller plus loin
Cet article fait partie de notre dossier sur la restauration d'une toiture ancienne. Pour comprendre le rôle technique de chaque pièce, voyez où l'eau passe sur un toit.
Si vous avez une zinguerie ancienne fatiguée, nous venons la relever gratuitement.
Questions fréquentes
Pourquoi ne pas simplement poser une gouttière du commerce ?
Parce qu'elle se verra. Une gouttière demi-ronde standard posée sur une corniche moulurée crée une rupture que l'œil attrape immédiatement, même chez quelqu'un qui ne saurait pas nommer le problème. Sur un bâtiment sans caractère particulier, la question ne se pose pas et le standard convient parfaitement. Sur une façade composée, le profil fait partie du dessin au même titre que les encadrements de fenêtres.
Comment relève-t-on un profil ancien ?
Sur place, avant la dépose. On prend les cotes, on relève la section au gabarit — une plaque souple que l'on plaque contre le profil et que l'on découpe à sa forme —, et on photographie les raccords, les jonctions et les pièces d'about. Ce relevé devient le plan de façonnage. C'est un travail court mais qui ne se rattrape pas : une fois le vieux métal déposé, le profil n'existe plus qu'en mémoire.
Le zinc neuf va-t-il jurer avec le reste ?
Au début, oui : un zinc neuf est clair et brillant, là où l'ancien a pris une patine grise mate. L'écart se réduit naturellement en quelques années, le zinc se patinant seul au contact de l'air. Certains chantiers justifient un zinc prépatiné, livré déjà mat, quand l'écart initial serait trop visible — sur une façade très en vue, ou quand seule une partie de la zinguerie est reprise.
Faut-il une autorisation pour changer une zinguerie ?
Si le profil et la teinte sont reproduits à l'identique, l'aspect extérieur ne change pas. Si en revanche vous remplacez un chéneau mouluré par une gouttière standard, ou du zinc par du PVC, l'aspect change et la question se pose. Comme toujours en matière d'urbanisme, les règles locales priment : un appel au service urbanisme de la commune tranche en quelques minutes.

